La Grande désillusion.
La période électorale est souvent le moment propice pour se faire une raison de s’intéresser à la politique. Et c’est le moment ou on veut se faire un avis sur les défis de notre société. On s’affaire à se forger un jugement sur les événements dont on est témoin. Et parfois, nous envahit l'envie irrationnelle de nous faire entendre, de donner à nos convictions une résonance, de savoir qu'elles sont entendues, voire partagées.
Pourtant, la campagne électorale actuelle n’inspire guère personne, à en croire les sondages ! Elle suscite même un certain désintérêt (pour ne pas dire un désintérêt certain). Les électeurs comprennent de moins en moins les enjeux des suffrages et l’utilité du vote. Le manque des débats d’idées est désespérément soporifique.
Je fais partie de ceux qui se réclament « citoyens du Monde ». J’ai bravé, depuis ma tendre jeunesse, les lois de la géographie. Je suis né en terre d’Afrique, vécu un temps en Europe avant d’élire domicile dans cette contrée lointaine d’Amérique du nord qu’est le Québec. J’ai la chance (ou la malchance) de connaître un peu la vie politique de ces trois sphères diamétralement opposées. A dire vrai, entre le népotisme généralisé en Afrique, L’arrogance et la bureaucratie de la sociale démocratie en Europe et l’affairisme nord-américain, je n’ai franchement point le goût de choisir. Les mesquineries politiques et les conflits d’ego, sont hélas, monnaie courante et universelle, peut importe le pays, peut importe le contexte. Les mêmes maux gangrènent les classes politiques de part le monde.
J'ai grandi avec la conviction que la politique est faite pour aider les gens à améliorer leur quotidien, et cette idée noble m'a poussé à croire que la défense des valeurs humaines occuperait une grande place dans ma vie au point de métamorphoser ma vocation professionnelle.
J'ai toujours préféré les gens à l'argent, l'entraide à l'individualisme, Jaurès à Friedman. Mon vécu aidant, j'étais convaincu que seule l’implication directe auprès des citoyens à travers la politique pourrait faire bouger les choses et régler les problèmes de nos semblables.
Aujourd’hui, lorsque je regarde de plus près cette campagne, ses enjeux inavoués et le niveau ridiculement bas du débat politique, je commence à prendre conscience que le creuset est immense entre mon idéal politique et la bassesse de nos élites. « La tragédie, c'est la politique... », disait Saint-Just. Cette maxime, même vielle de plus de deux siècles, est d’une implacable pertinence. Elle reflète, en vérité, ma rupture annoncée avec la politique telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui.
Suis-je dur ? Non, réaliste… et surtout déçu. Mon divorce avec la chose politique est consommé. Mais, je ne romps pas avec mes propres idéaux et mes valeurs humaines. Elles sont mon âme et ma conscience.
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