Lettre ouverte à M. Stephen Harper, Premier Ministre du Canada,
Objet : le Plan du gouvernement du Canada en matière de lutte contre les changements climatiques.
Monsieur le Premier ministre,
Au Canada comme dans le reste du Monde, le climat se dérègle et compromet gravement notre avenir et celui des générations futures. Nos concitoyens ressentent et subissent, d’ores et déjà les effets néfastes du réchauffement climatique. Le niveau d'eau dans les Grands Lacs a dangereusement baissé, provocant de graves conséquences sur l’écosystème. La fonte de la calotte polaire s’est subitement accélérée entraînant l’entame d’une lente mais inquiétante montée du niveau des mers. Les catastrophes météorologiques sont de plus en plus nombreuses et de plus en plus dévastatrices. Les tempêtes de neiges et verglas ainsi que les graves inondations qu’a subit le pays de l’Est à l’Ouest, ces dernières années sont la preuve, si besoin est, que la situation est plus qu’urgente.
Hélas, les canadiens continuent à rejeter quelque 750 millions de tonnes de gaz à effet de serre (GES) chaque année, bien que le Canada ait ratifié le protocole de Kyoto, à l’instar de 37 autres pays industrialisés. En vertu de ce protocole, les pays signataires doivent collectivement, d'ici à 2012, réduire leurs rejets de 5,2 % par rapport au niveau de 1990. Or, à ce jour, ces émissions de GES dans notre pays ont, au contraire, augmenté considérablement, et ce au mépris des lois fédérales et internationales. Pire encore… En présentant le Plan du gouvernement en matière de lutte contre les changements climatiques, en avril 2007, votre ministre de l’environnement, M. John Baird a officiellement et définitivement enterré les engagements du pays vis-à-vis de la communauté internationale en matière de lutte contre le réchauffement du climat. Voici pourquoi :
Votre Plan vise à réduire 20 % les émissions de GES d'ici 2020 (et 60% à l’horizon 2050), mais par rapport à leur niveau de 2006 et non de 1990 (année de référence du protocole de Kyoto). Or, entre temps, nos rejets de GES ont augmenté de plus de 25%. Et selon les projections d’Environnement Canada pour 2012, ces mêmes rejets, au lieu de décroitre, augmenteront de 40% par rapport à leur niveau de 1990. Ce qui est loin, très loin des engagements pris par notre pays en ratifiant le protocole de Kyoto.
Autre anomalie : votre gouvernement n'exigera des pollueurs qu'une réduction de l'intensité de leurs émissions de GES et non des réductions absolues. Autrement dit : moins d'énergie par unité de production, mais aucune limitation d’émissions. Ainsi, au lieu de freiner celles-ci, votre Plan rendra leur potentiel d’augmentation infiniment extensible. D’autant que les hypothétiques réductions que permettrait la baisse d’intensité pourraient être anéanties, pour peu que le contexte économique redevienne favorable.
Monsieur le Premier ministre,
Malgré une salutaire levée de bouclier de toutes les organisations écologiques canadiennes contre ce pseudo « Plan vert », malgré la forte opposition de la majorité de la classe politique de notre pays, malgré les sévères critiques des plus grands experts des questions climatiques, malgré les nombreuses preuves scientifiques qui remettent en cause l’impact réel de votre plan sur la réduction des GES, malgré les études économiques qui discréditent les thèses véhiculées par votre gouvernement mettant aux antipodes la défense de l’environnement et la croissance économique, malgré les orientations actuelles des autres pays démocratiques qui sont passés à la vitesse supérieure en matière de lutte contre le réchauffement climatique (en Europe notamment)… Malgré tout cela, votre gouvernement persiste et signe en remettant en cause le bien fondé, même, du protocole de Kyoto que vous avez qualifié d’« erreur » lors de vos récentes déclarations. Or, l’erreur serait de rester insensible à l’imminence de la catastrophe climatique dont nous percevons chaque jour un peu plus les ravages. L’erreur serait de continuer à faire de la politique politicienne et alimenter cette myopie collective qui nous conduit, tous, droit dans le mur.
Avec ce Plan, le gouvernement du Canada se retrouve non seulement en contradiction avec ces propres lois fédérales (C30 sur la qualité de l’air et C288 sur la réduction des GES), mais se place en marge de la communauté internationale qui appelle à l’unisson et avec insistance pour freiner la dégradation de notre espace vital. En vain. Par conséquent, le Canada se retrouvera totalement exclu de tous les mécanismes de compensation des rejets de GES mis en place par le protocole de Kyoto. Et ceci ne manquera pas de causer de graves dommages collatéraux à notre économie et scellera à jamais le sort des générations présentes et futures.
Monsieur le Premier ministre,
Compte tenu de l’extrême urgence de la situation climatique, notre pays peut et doit faire des choix environnementaux responsables et plus rationnels, dignes d’un pays moderne et pionnier en matière de défense de l’environnement.
Aujourd’hui, en tant que citoyen engagé, je joins, ma voix à toutes celles qui se sont levées pour vous exhorter à revoir en profondeur votre plan de lutte contre les changements climatiques afin d’atteindre les objectifs fixés par le protocole de Kyoto et même, aller au-delà.
Le futur de notre nation et de la planète, sera fonction de la façon dont vous, décideurs, allez conduire des changements profonds et inéluctables dans notre manière de concevoir le progrès. Nous devons amorcer une véritable révolution dans nos modes de production, de consommation, de transport… Ce n’est plus une option, c’est une urgence.
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